Le marxisme c’est pratique. C’est une méthode d’analyse du réel (ce n’est pas la seule) qui permet de le comprendre. Et de Marx, (qui n’avait pas inventé le concept de classe sociale) nous avons appris le primat de la lutte sur la classe. C’est-à-dire qu’il vaut mieux commencer par regarder comment les dominants dominent (en général férocement) et comment les dominés luttent.
Petit retour à mai 68 (je sais, je radote) qui fut pour moi une très jolie expérience de lutte des classes. Avec la petite bourgeoisie se mettant en mouvement par l’intermédiaire de ses enfants, pour faire son propre 14 juillet. Effet d’aubaine pour la classe ouvrière se mobilisant massivement, non pour prendre le pouvoir, qu’elle savait hors de portée, mais pour présenter sa facture pour l’effort qu’elle avait fait pendant les 30 glorieuses. Il n’y a jamais eu pendant toute cette période de « convergence des luttes ». Le mouvement étudiant violent avait commencé le 3 mai, s’était poursuivi le 10 avec « la nuit des barricades », débouchant sur la « manifestation unitaire », assortie d’une grève générale ponctuelle, du 13 mai. Avec Cohn-Bendit (et quelques autres petits-bourgeois) en tête de cortège accueillant les dirigeants du PCF et de la CGT par ces mots : « tiens voilà les crapules staliniennes ». Le message fut reçu, et malgré l’ampleur du « mai ouvrier », jamais les étudiants ne rentrèrent dans les usines occupées. De Gaulle essaya de répondre aux mouvements par un discours radio télévisé le 24 mai, qui fut suivi dans les grandes villes, d’une considérable nuit d’émeutes à laquelle celles du 17 octobre 2026 n’ont rien à envier. Destructions, incendies, pillages et surgissement d’un lumpenprolétariat, firent croire à la petite bourgeoisie et à ses représentants (Mitterrand, Mendès-France, Deferre, CFDT) que le pouvoir était non seulement à prendre mais à ramasser. Le PCF et CGT hégémoniques sur la classe ouvrière, et conscients du rapport de force, ne marchèrent à aucun moment dans cette combine. On sait ce qui a suivi, comment de Gaulle a repris la main et comment « chacun est rentré chez son automobile » comme le chantait joliment Claude Nougaro.